Deux fois plus élevée que la tour CN de Toronto (552 mètres), une structure en béton armé verra le jour en Australie d'ici trois ans. Celle-ci sera composée de capteurs solaires couvrant une superficie de 5 km2 et sa puissance atteindra 200 megawatts (MW). Le gouvernement australien a donné carte blanche à Jorg Schlaich, un chercheur de l'Université de Stuttgart, en Allemagne, pour la construction de ce projet colossal. Les travaux débuteront en 2003. Coût de l'opération : 570 millions de dollars canadiens.
Les panneaux solaires seront installés sur des structures d'acier construites à six mètres d'intervalle. Une température constante de trente degrés sera maintenue sous les milliers de carreaux de verre placés entre 2 et 20 mètres au-dessus du sol. Afin de garder en réserve de la chaleur pour les nuits fraîches, plusieurs tubes de plastique noir rempli d'eau (l'eau conserve la chaleur six fois mieux que le sol) seront installés sous les panneaux solaires.
Réchauffé par ces derniers, l'air s'orientera vers une cheminée d'un diamètre de 130 mètres, d'une épaisseur de un mètre à la base et de 25 centimètres au sommet. Sachant que l'air chaud se dirige toujours vers le haut et que la température dans l'atmosphère diminue de un degré tous les 100 mètres d'altitude, un courant d'air de 35 à 50 km/h soufflera en permanence dans le tube de béton. Celui-ci actionnera les trente-deux turbines, d'une capacité de 6,5 MW chacune, qui alimenteront les générateurs électriques. La centrale fabriquera de l'électricité jour et nuit.
La Tour solaire sera installée à Buronga, région sèche et très ensoleillée à 625 km au sud-ouest de Sydney. Elle ne dégagera qu'un courant d'air et une fine buée au sommet de sa cheminée, contrairement aux centrales de charbon, qui produisent 90% de l'électricité en Australie et qui sont très polluantes. Pour produire 200 MW et éclairer 200 000 foyers, elles génèrent 900 000 tonnes de dioxyde de carbone par an.
Si le projet est un succès, les promoteurs, l'entreprise Schlaich Bergermann and Partner basée à Stuttgart, prévoient d'ériger en Australie d'ici 2010 quatre autres centrales solaires. D'autres tours pourraient voir le jour aux États-Unis et au Canada.
Schlaich Bergermann and Partner a dessiné les toits du stade olympique de Munich et des arènes de Pusan et d'Inchon, en Corée du Sud, où se sont déroulés plusieurs matches de la dernière Coupe du monde de football. Depuis 20 ans, la société cherchait des investisseurs pour financer ses projets de complexes solaires. Mais comme les coûts sont supérieurs à ceux d'une centrale thermique traditionnelle, les groupes énergétiques étaient réticents. Le protocole de Kyoto a toutefois changé la donne en mettant les énergies propres à la mode. Cet accord international, que l'Australie n'a toujours pas ratifié, impose aux pays signataires de réduire, entre 2008 et 2012, de 5,2 % leurs émissions de gaz à effet de serre enregistrées en 1990.
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