Résumé présentant deux études scientifiques et leurs complémentarités menées par le professeur Viel (épidémiologiste à l’université de Besançon dans le Doubs) et son équipe, et publiées en 2003 (1) et 2006 (2).
2003 : Première étude épidémiologique
En 2003 est sortie une étude épidémiologique (3) de type cas-témoin (4) intitulée " Émissions de dioxines par une usine d’incinération d’ordures ménagères et risque de lymphome malin non hodgkinien (5) ". Cette étude permet la comparaison des cas et des témoins en fonction de leurs lieux de résidence, soit d’un certain niveau d’exposition. Elle renforce l’hypothèse d’une association entre l’exposition environnementale à la dioxine (6) et la survenue de lymphomes malins non hodgkiniens.
Cette étude compare la répartition géographique de cas atteints d’une forme de cancer du système lymphatique et de témoins de la population. Les cas ou " malades " représentent l’ensemble des personnes habitants Besançon entre 1980 et 1995 diagnostiqués et enregistrés dans le registre des tumeurs du Doubs. Les témoins sont quant à eux tirés au sort à partir du recensement de la population en 1990.
Par la suite, un niveau d’exposition à la dioxine a été attribué, aux cas et aux témoins, en fonction de leur lieu de résidence. Cette répartition tient compte des coordonnées exactes de leurs lieux de résidence et des rejets aériens de dioxines émis par l’usine d’incinération d’ordures de Besançon. Ces retombées de dioxines au sol ont été estimées à l’aide d’un modèle de diffusion atmosphérique (7) transmis par la mairie de Besançon. Cette modélisation tient compte de la topographie (8) de la zone, des paramètres météorologiques du site et des caractéristiques de l’incinérateur (hauteur et géométrie de cheminée, flux et concentration de polluants).
Ce modèle a permis de définir quatre zones d’exposition croissante aux dioxines (Très faible– Faible– Intermédiaire– Élevée). Une des limites de l’étude est représentée par le modèle de diffusion atmosphérique lui-même. Aucun dosage de dioxines dans les sols n’avait été effectué à cette époque pour le valider. L’existence de quatre zones d’exposition est donc à confirmer.
2006 : Validation du modèle de diffusion atmosphérique
Une étude publiée en 2006 dans la revue américaine " Environmental Science & Technology " a permis de répondre positivement à la pertinence des quatre classes d’exposition et à l’existence d’un seul point source de dioxines (l’usine d’incinération). 75 prélèvements dans les sols ont été effectués aux alentours de l’incinérateur en tenant compte des caractéristiques géologiques et topographiques et du modèle de diffusion atmosphérique. Le constat d’une relation croissante entre les quatre classes d’exposition en fonction des concentrations moyennes de dioxines retrouvées dans les sols, est mis en évidence uniquement au Nord-Est de l’usine, zone en topographie simple avec des pentes modérées et régulières.
Conclusions
L’étude de 2003 conclue à un risque de développer un lymphome malin non hodgkinien, 2,3 fois plus élevé pour les individus résidant dans la zone d’exposition élevée que pour les habitants où l’exposition est considérée comme très faible. Les quatre classes d’exposition sont validées pour le Nord-Est de l’usine par les prélèvements dans les sols réalisés pour l’étude de 2006. L’hypothèse d’une association entre l’exposition environnementale à la dioxine émise par l’activité ancienne de l’usine d’incinération de Besançon et la survenue d’une forme de cancer du système lymphatique est ainsi confortée par l’étude de 2006.
1 Floret N, Mauny F, Challier B, Arveux P, Cahn JY, Viel JF. Dioxin emissions from a solid waste incinerator and risk of non-Hodgkin lymphoma. Epidemiology 2003;14:392-398.
http://www.epidem.com/pt/re/epidemiology/toc.00001648-200307000-00000.htm;jsessionid=G9yHsTpX2Nch5np1rPtFyZYs22nqYpk2S6GGBKlgk5WTsGQCRf5f!-1725731959!-949856144!8091!-1
2 Floret N, Viel J-F, Lucot E, Dudermel P-M, Cahn J-Y, Badot P-M, Mauny F. Dispersion modeling as a dioxin exposure indicator in the vicinity of a municipal solid waste incinerator: a validation study. Environ Sci Technol 2006;40:2149-2155.
http://pubs3.acs.org/acs/journals/doilookup?in_doi=10.1021/es052309u
3 Étude épidémiologique : étude sur des tranches de la population cherchant à établir un lien entre la distribution des maladies comme le cancer et des facteurs susceptibles d’exercer une influence (ex : exposition à une substance chimique particulière).
4 Étude de type cas–témoin : elle consiste à comparer deux groupes de personnes. Les " cas " ou malades présentant un événement donné, pour cette étude les patients atteints de lymphome malin non hodgkinien. Les " témoins " ou non malades ne présentant pas l’événement à l’étude. C’est un groupe de référence le plus semblable que possible au " cas " notamment en ce qui concerne le sexe, l’âge.
5 Lymphome malin non hodgkinien : Cancer développé à partir de cellules lymphoïdes ou lymphocytes qui se distingue des leucémies de même origine par la prépondérance de tumeurs, en particulier des ganglions lymphatiques, et par l’absence de cellules anormales dans le sang.
6 Les " dioxines " : ce sont des impuretés de nombreux processus chimiques impliquant du chlore, du carbone, de l’oxygène et de la chaleur. Il existe un très grand nombre de formes chimiques (ou " congénères "),et cette substance chimique est considérée depuis 1997 par le Centre International de Recherche contre le Cancer (OMS) comme une substance cancérigène pour l’homme.
7 Le modèle de dispersion atmosphérique utilisé dans l’étude de 2003 est un modèle déterministe de type gaussien développé pour calculer la dispersion d’un panache à partir d’une source ponctuelle.
8 Les caractéristiques topographiques décrivent la configuration d’un lieu.
Source :
http://www.cniid.org